LE MONDE
La liste des causes de l'obésité s'allonge encore. Selon deux études américaines, menées sous la direction de Jeffrey Gordon (Université du Missouri) et publiées jeudi 21 décembre dans la revue Nature, une des deux familles de bactéries présentes habituellement dans le tube digestif prédomine chez les obèses.
D'après ces articles, la flore microbienne intestinale vient par conséquent s'ajouter à la génétique et au mode de vie comme facteur d'obésité. L'établissement du lien entre la présence d'une bactérie et l'ulcère gastroduodénal a valu un prix Nobel à Barry Marshall. Les travaux que publie Nature ont donc des chances de faire date. Ils démontrent que l'équilibre entre deux grandes classes de bactéries intestinales est corrélé au ratio entre l'apport et la dépense caloriques de notre organisme. L'apport calorique est en règle générale très légèrement supérieur à la dépense calorique. Des mécanismes cérébraux assurent la régulation entre les deux par le biais d'hormones comme la leptine.
Des facteurs génétiques jouent aussi un rôle certain dans le développement d'une obésité chez certains individus. Ils ne suffisent toutefois pas à expliquer l'augmentation marquée de la prévalence de l'obésité au cours des vingt-cinq dernières années. Le mode de vie (alimentation, sédentarité) a sa part dans le phénomène, mais il ne résume pas l'ensemble des facteurs non génétiques. D'où l'idée des chercheurs d'explorer des mécanismes moins évidents comme la flore microbienne intestinale, indispensable pour métaboliser les aliments. Deux grandes familles bactériennes y prédominent : les Firmicutes et les Bacteroidetes. Les travaux publiés dans Nature établissent que la proportion de Firmicutes est plus élevée chez les obèses que chez les sujets minces. De plus, lorsque les obèses perdent du poids sur un an, leur taux de Firmicutes se rapproche de celui des individus minces. Or la modification de l'équilibre de la flore microbienne possède une traduction sur le plan énergétique : chez les souris obèses - dont la flore diffère, comme chez l'homme, de celle des souris minces -, les bactéries permettent d'extraire davantage de calories des aliments ingérés. Les chercheurs américains ont transféré la flore de souris obèses chez des souris minces. Ces dernières sont devenues capables d'extraire davantage de calories et ont présenté une prise de poids significative. Plusieurs points restent encore à éclaircir, entre autres la manière dont la différence de capacité à extraire des calories se traduit par une modification du poids, puisque les mécanismes de régulation auraient tendance à faire diminuer la ration calorique ingérée. Néanmoins, les auteurs entrevoient la possibilité d'agir sur la flore microbienne pour traiter l'obésité.

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